Des premières impressions aux découvertes les plus inattendues.
Les Scriptoglyphes créés par Jean-Jacques Marie invitent le regard à une expérience singulière. Les signes, les formes anthropomorphes et les tracés libres s'y répètent, se croisent et occupent parfois presque tout l'espace. Devant ces compositions, le regard ne sait pas toujours immédiatement où se poser.
À distance, l'œuvre apparaît d'abord comme une composition rythmée. Le regard perçoit les densités, les vides, les mouvements et la manière dont les formes s'organisent sur le papier ou la toile. En s'approchant, cette première impression change. Des signes se distinguent, des silhouettes apparaissent, des tracés jusque-là presque invisibles retiennent soudain l'attention.
Les Scriptoglyphes se découvrent ainsi à plusieurs distances. Ce que l'on voit dans l'ensemble n'est pas tout à fait ce que l'on découvre dans le détail.
Tous les Scriptoglyphes n'imposent pas le même rapport au regard. Certains reprennent une organisation familière, celle de la page écrite. Les formes s'alignent, se succèdent et entraînent presque naturellement l'œil dans un sens de lecture.
Cette organisation crée une contradiction singulière. Le regard sait comment parcourir l'œuvre, mais il ne sait pas quoi lire. Les habitudes liées à l'écriture sont sollicitées sans jamais pouvoir remplir leur fonction habituelle. L'œil avance, cherche des repères, croit parfois reconnaître une logique, mais aucun sens ne vient confirmer son intuition.
Dans d'autres Scriptoglyphes, cette structure disparaît. Les formes se répartissent plus librement dans l'espace et le regard perd les repères que lui donnait la page. Il doit alors trouver seul son chemin, attiré par une silhouette, une répétition ou une zone plus dense.
La composition ne change donc pas seulement la manière de parcourir l'œuvre. Elle modifie la position du regard : tantôt lecteur privé de texte, tantôt observateur libre de ses déplacements.
Dans de nombreux Scriptoglyphes, le regard finit par s'arrêter sur une forme particulière. Au milieu des signes et des tracés, une silhouette attire l'attention. Elle évoque un petit personnage, un animal, parfois un objet. On croit reconnaître quelque chose et, dès cet instant, il devient difficile de ne plus le voir.
Ces découvertes font partie du regard porté sur l'œuvre. Une même forme peut susciter des associations très différentes selon celui qui l'observe. Là où l'un voit un animal, un autre distingue un personnage ou ne voit qu'un tracé parmi les autres. Comme dans certains jeux de perception, le regard complète, rapproche et donne momentanément une identité à une forme qui n'en avait pas au départ.
Il arrive alors que l'on cherche d'autres formes. Le regard parcourt l'œuvre autrement, s'arrête sur un détail, revient sur un signe déjà observé et découvre parfois ce petit élément qui retient particulièrement l'attention.
Regarder les Scriptoglyphes peut aussi devenir ce jeu de découverte : trouver, au milieu de l'ensemble, la forme qui nous amuse, nous intrigue ou nous attire sans que l'on sache toujours pourquoi.
La distance modifie profondément la perception des Scriptoglyphes. Vue de loin, l'œuvre s'impose d'abord par son organisation générale. Les formes se rassemblent en masses, dessinent des rythmes, créent des zones de densité ou laissent respirer le support. Les détails s'effacent au profit de l'ensemble.
En s'approchant, cette première perception se fragmente. Les formes retrouvent leur individualité, des signes jusque-là invisibles apparaissent et certains détails retiennent soudain l'attention. Ce qui formait une foule devient une multitude d'individualités. Ce qui semblait être une matière graphique se révèle composé de centaines de tracés distincts.
Mais un premier regard attentif ne suffit pas toujours à tout découvrir. En revenant sur l'œuvre, l'œil emprunte un autre chemin, s'arrête ailleurs et remarque une forme qu'il n'avait encore jamais vue. Les Scriptoglyphes peuvent ainsi se révéler peu à peu, au fil des regards que l'on porte sur eux.
Cette découverte toujours renouvelée explique peut-être aussi pourquoi le regard ne s'en lasse pas. L'œuvre reste familière, mais conserve toujours quelque chose à découvrir.
Face à une même œuvre, deux personnes ne feront pas nécessairement les mêmes découvertes. Le regard de chacun est influencé par son histoire, son tempérament, ses souvenirs et sa propre sensibilité. Une forme qui amuse l'un peut intriguer l'autre, tandis qu'un détail immédiatement repéré par certains restera invisible à d'autres.
Les Scriptoglyphes laissent une place importante à ces associations personnelles. Puisqu'aucun sens n'est imposé et qu'aucun répertoire de signes ne vient guider l'interprétation, le regard puise naturellement dans ce qu'il connaît. Il rapproche une forme d'une image familière, lui prête une attitude ou y reconnaît quelque chose qui lui appartient.
C'est aussi ce qui rend l'échange autour d'une œuvre intéressant. Montrer à quelqu'un une forme que l'on a repérée, c'est souvent modifier son regard. Une fois découverte, elle devient visible pour l'autre et vient s'ajouter à sa propre lecture de l'œuvre.
Regarder les Scriptoglyphes ne consiste pas seulement à apprécier une composition dans son ensemble ou à découvrir les formes qui se cachent parmi les signes. La répétition des tracés, leur rythme et parfois leur densité peuvent aussi retenir longuement l'attention.
Le regard suit une forme, passe à la suivante, en retrouve une autre presque semblable, puis observe les variations. Peu à peu, il se laisse entraîner par cette succession et par le rythme visuel qu'elle crée. L'exploration elle-même mobilise l'attention et peut faire passer momentanément le reste au second plan.
Il existe peut-être ici un écho entre la création et le regard. Ce qui canalise Jean-Jacques Marie lorsqu'il trace les Scriptoglyphes peut, d'une autre manière, absorber celui qui les observe. La répétition qui accompagne le geste de l'artiste devient alors un rythme que le regard peut à son tour suivre.
Il n'existe sans doute pas une seule manière de regarder les Scriptoglyphes. On peut d'abord être attiré par l'ensemble, puis s'approcher, suivre l'organisation de l'œuvre, s'arrêter sur une forme ou se laisser entraîner par la répétition des signes.
Regarder les Scriptoglyphes, c'est aussi accepter de prendre son temps. Le temps de laisser le regard circuler, de faire ses propres découvertes et de revenir sur une œuvre pour y voir ce qui avait d'abord échappé.
Car les Scriptoglyphes ne livrent pas tout au premier regard. Ils se découvrent peu à peu, dans ce mouvement entre l'ensemble et le détail, entre ce que l'on croit reconnaître et ce que le rythme des signes nous invite simplement à suivre.
À la découverte des différentes formes prises par cette écriture graphique.
Voir la collectionUn ouvrage consacré à la naissance et à l'univers des Scriptoglyphes sur le site de l'éditeur.
Découvrir le livre
Les premiers Scriptoglyphes apparaissent dans le travail de Jean-Jacques Marie en 2023. La série est présentée pour la première fois sur son site officiel en janvier 2024. Un premier article lui est consacré en mai 2024, puis un ouvrage dédié est publié en août de la même année. Depuis, cette recherche se poursuit et continue d’évoluer.